
L'Abraham que je préfère
(Réveil – Décembre 2009)
Abimélec parla ainsi à Abraham : "Dieu est avec toi dans tout ce que tu fais…" ; et ils firent tous deux alliance. (Genèse 21 v. 22).
Si saint Paul appelle Abraham "le père des croyants", le Coran l'appelle lui, "l'ami de Dieu". Les deux traditions parlent de sa foi aveugle, de sa soumission (islam) à la volonté de Dieu. Genèse ? Abraham : un grand croyant, bénéficiaire de grandes promesses, généreux, accueillant… mais tout autant peureux, lâche, roublard, profiteur, impatient.
On lui connaît ses grands moments : l'appel : "va, quitte ton pays…", la promesse d'une descendance aussi nombreuse que les sables du désert, le don d'un pays pour sa descendance et la promesse d'être une bénédiction pour toutes les nations. On connaît la tentative (ou la tentation) de sacrifice de son fils Isaac (Ismaël pour les musulmans). Plusieurs chapitres de ces récits sont des chefs-d'œuvre.
Seulement il y a un revers : la famine dans les garrigues du Néguev. Abraham se réfugie en Egypte (cf. Jacob et même l'enfant Jésus) avec Sara, son épouse qui est belle. Et là, il prend peur : pour enlever Sara la belle, on va le tuer (mœurs combien paisibles à cette époque !). Il la fait alors passer pour sa sœur. Pharaon s'en empare et la met dans son harem ! Catastrophes, plaies d'Egypte envoyées par Dieu. Pharaon en dédommagement du déshonneur commis, donne à Abraham troupeaux et cadeaux. Abraham accepte : il n'y a pas de petits profits ! Cet épisode est raconté trois fois ! Dans le Coran, Ibrahim, beaucoup plus saint, refuse dignement.
Impatient d'avoir un enfant pour que la promesse s'accomplisse, voila sa femme Sara qui lui met dans les bras sa servante Agar (dans l'Islam, c'est le Pharaon qui la lui choisit soigneusement parmi les cent plus belles esclaves du pays). Mais quand Agar a un fils, Ismaël, Sara, mortifiée et très jalouse d'une Agar méprisante demande à Abraham de l'expulser au désert avec son fils. Et Abraham le fait (sur le conseil de Dieu) ! Les deux exclus périraient de détresse si l'ange de Dieu n'intervenait (Gabriel pour le Coran).
On pourrait encore poursuivre : dans la Genèse, ces scènes se passent en Palestine. Dans le Coran, en Arabie, autour de la Mecque – le pèlerinage de la grande fête du mouton, l'aïd el Kébir rappellent chaque année ces épisodes.
Je préfère l'Abraham biblique. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas parfait : c'est un grand croyant certes, mais aussi un homme comme vous et moi : faible, plein de défauts, pécheur… Mais toujours accompagné !
Alors, dans cette histoire, qui est le personnage étonnant ? c'est Dieu qui fait alliance, coûte que coûte, avec des êtres comme Abraham, comme nous.
Dieu écrit toujours droit avec des lignes courbes !
André Bost
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