
Bien que l'exposition Chauvet mérite toute attention et nécessite même des visites répétées, puisqu'il y a toujours de nouveaux éléments qui, après leur découverte, y sont mis en valeur : Ce n'est pas du tout le seul point d'attrait qui mérite d'être vu lors d'un passage à Vallon. A titre d'exemples, nous citons ci-après quelques éléments de notre patrimoine culturel qui peuvent attirer votre intérêt :
Les vestiges préhistoriques
C'était, entre autres, Jules Ollier de Marichard, Vallonais, pionnier de l'archéologie en Ardèche, qui découvrit, au 19e siècle déjà, maintes vestiges d'habitat et d'activités humaines qui remontent aux temps de l'homme de Cro-Magnon. C'est par son initiative que furent découvert les premières gravures d'art pariétal dans des grottes situées dans les gorges de l'Ardèche. Les divers lieux d'habitat et les nombreuses grottes ornées constituent un patrimoine particulièrement riche dont témoignent l'exposition permanente sur la grotte Chauvet, mais aussi le musée régional de préhistoire à Orgnac. Les collections de trouvailles présentées dans ce contexte permettent une première approche de cette époque de l'âge de la pierre où notre région était indubitablement habité par une population qui y trouvait nourriture, refuge et survie.
Les vestiges romains
Avec son gué près du vieux "tour du moulin", Salavas et Vallon étaient des étapes sur une voie romaine assez importante qui reliait Nîmes à Alba, la capitale du pays des Hélviens. De nos jours on connaît non seulement le gué, mais aussi le tracé de cette voie romaine qui dans la plaine des Mazes (après le passage près de la source du Colombier) se bifourcait pour passer du côté est par Lagorce, et du côté ouest par la Loubière et Ruoms en direction d'Alba. Des chercheurs on trouvé les vestiges de plusieurs habitations importantes dans notre secteur, notamment sur le territoire de Lagorce.
Les églises oubliées - le chemin de St. Jacques
Au cours de fouilles qui duraient plus de dix ans, le couple Rachel et Robert Helmling ont découvert et documenté un ensemble de deux églises à Salavas, à l'ouest du cimetière actuel. Ces deux églises, désaffectées à partir de 1582 et très rapidement recouvertes par la terre, remontent au milieu du 4e siècle. L'une des deux fut construit à l'endroit d'une construction encore plus ancienne qui devrait dater du 2e ou 3e siècle et dont l'affectation n'est pas déterminable avec certitude. Dans une monographie remarquable, Robert Helmling rend compte de ses recherches et trouvailles : Les églises disparues de Salavas, publié comme numéro spécial hors série de la Revue du Vivarais en 1999.
Les "guerres de réligion"
Touchée par la réforme dès leurs débuts, notre région a été profondément marquée par les tensions et les conflits qui résultaient du fait que l'idéologie d'état ("un royaume, un roi, une foi") ne laissait pas de place au développement d'une autre expression de la foi chrétienne que de celle qui était enseignée et contrôlée par l'église catholique. Un large éventail de publications permet de découvrir ce passé très riche et les évènements parfois bien violents et douloureux qui l'ont jalonné. C'est la visite du château des Roure à Labastide de Virac qui permet une première approche de cet élément important de l'histoire locale. Pour plus de détails il convient de visiter le site internet du château : www.chateaudesroure.com
L'exode des réformés
L'histoire de la France a été marquée, depuis le 16e siècle, par un exode silentieux mais important de toute une élite de citoyens : C'étaient les plus habiles et les plus instruits seulement qui pouvaient oser de se rendre à l'étranger, pour arriver à pratiquer en paix leur foi réformée. On a trouvé des listes de gens originaires de notre région qui comptent plus d'une centaine de familles, et qui ont trouvé refuge d'abord à Genève, et ensuite dans d'autres villes et pays d'Europe. Des ouvrages en cours de publication vont en rendre compte.
Le vieux Vallon et le château actuel
Après le siège et le sac de la ville de Privas en Mai 1629, le roi Louis XIII, de passage à Vallon, ordonna aux Protestants de Vallon qui avaient démoli l'ancien château de Vallon, situé au Chastelas, de construire un nouveau château, juste devant chez eux, pour le remettre au Seigneur local. C'est ainsi que le Château-Marie actuel prit forme. Il est donc, lui aussi, un témoin des conflits qui se sont produits à la suite de la Réforme dans notre région.
Il héberge, d'ailleurs, une série de tapissieries d'Aubusson qui méritent absolument la visite, surtout sous l'égide du concierge qui est un passionné de leur histoire !
L'histoire de notre église locale
Dans les années quarante déjà, le pasteur Boris Décorvet entreprit d'écrire l'histoire de notre église locale, "La glorieuse et douloureuse histoire d'une église huguenote". D'autres recherches et de nombreux documents, retrouvés depuis, permettent aujourd'hui de retracer l'histoire d'un passé vraiment passionnant qui intéresse, entre autres, les chercheurs des "Amis de l'histoire". La toute dernière exposition de leurs travaux et recherches, présentée en été 2006, contenait, à elle seule, trois sujets concernant l'église réformée locale.
Pour connaître le passé huguenot de Labastide -de-Virac, ouvrez la page "temples".
Un grand Vallonais et son 200ème anniversaire
Noé Armand François PUAUX Historien du Protestantisme Français, né le 24 décembre 1806 à Vallon Pont d'Arc
Après avoir commémoré, il y a peu, un autre grand Vallonais du 19e siècle, Jules Ollier de Marichard, nous avons intérêt à ne pas oublier Noé Armand François Puaux, un Vallonais dont la plaque commémorative se trouve au mur de soutènement du Temple de Vallon. Noé-François Puaux, de veille souche protestante, fut élevé dans l'esprit éclairé et irréligieux du siècle de Voltaire. Après avoir fait des études de droit, il fut notaire à Vallon, comme son père Claude Puaux. On raconte que c'était un ami à lui qui, lors d'une visite à Lyon, lui offrit une Bible en lui disant « prends et lis ». Pendant son voyage de retour, Puaux commença à lire – et voici qu'il décide de changer de vie. Il va renoncer à son notariat à Vallon pour investir la faculté de théologie réformée à Montauban. Après avoir terminé ses études de théologie, Puaux fut pasteur réformé à Rochefort, à Lunéray et à Mulhouse. A côté de son ministère bien béni, il trouvait le temps de rédiger plusieurs livres, dont son importante « Histoire de la Réformation française » en sept volumes, une oeuvre de référence qui, aujourd'hui encore, n'a rien perdu de son exhaustivité. Il prenait même soin de sortir, en plus, un résumé de son vaste étude, intitulé « Histoire populaire du Protestantisme Français », où il présente sur 390 pages le dévéloppement de la Réforme en France entre le régne de François Ier et de Louis XVIII dans un language clair et facile d'accès. Noé Armand François Puaux est décédé à Paris le 20 février 1895. Son fils, Frank Puaux, a continué, d'une certaine manière, l'oeuvre de son père : Il fut président de la Société de l'Histoire du Protestantisme français et un des fondateurs du « Musée du Désert » au Mialet.
Bibliographie: Boris Décorvet, Sous la croix, le Triomphe (Yverdon 1946) Noé Armand François Puaux, Histoire populaire du Protestantisme Français Paris 1894
Histoire des protestants et du temple de Labastide de Virac
Première période : de la Réforme à la révocation de l’Edit de Nantes (1685)
Il faut tout d’abord préciser que, très longtemps, vraisemblablement jusqu’au XIVème siècle, le village n’existe qu’à Virac, autour de l’ancien prieuré bénédictin et de son église. Claude Sautel, dont le père Philippe a acheté la seigneurie de Labastide au prieur de Pont St Esprit en 1565 et qui s’alliera à la famille des Beauvoir du Roure, fait construire le château autour duquel se constitue peu à peu l’actuel village.
La famille Sautel, dont la fortune est due au commerce, est originaire de Barjac ; c’est une famille protestante, ainsi que la branche des Beauvoir du Roure qui s’allie à eux par mariage. Comme c’est souvent le cas à cette époque, la couleur religieuse du seigneur influe sur celle de ses « sujets » et Labastide est donc très tôt un village majoritairement protestant.
Dès l’Assemblée Générale des Réformés réunie à Privas le 20 mars 1578, la population de Labastide est représentée par un dénommé Valons .
L’ancienne église du prieuré semble avoir été détruite à la fin du XVIème siècle, peut-être par les protestants. Le fait que la population de Labastide ait été majoritairement réformée explique sans doute la construction tardive d’une autre église dans le village (1675).
La paroisse réformée de Labastide de Virac est regroupée avec Lagorce, Vallon et Salavas (1596 à 1610), puis rattachée à Barjac,Vagnas, Bessas et les Salelles (1610 à 1612, puis en 1669et 1670). En 1612, elle est rattachée au Vivarais, puis en 1657 au Languedoc. Sa situation géographique explique ces tribulations surprenantes !
A plusieurs reprises , la paroisse est indépendante et a son propre pasteur : notamment dans les années 1670 grâce au legs que fait Marguerite de St Florent, veuve de Pierre de Beauvoir du Roure.
Existe-t-il alors un temple ? Au départ, le culte s’effectuait certainement dans une des salles du château. En 1652, le Consistoire achète une maison qui sera transformée en temple. Un document du consistoire rédigé en 1820 le situe, en s’appuyant sur le compoix de 1668, à l’est de l’actuelle place Pradier ; il avait une surface d’environ 60m2 et était haut d’environ 8m.
Jusqu’en 1685, la communauté réformée de Labastide est donc importante et bien organisée.
Deuxième période : de la Révocation de l’édit de Nantes (1685) à l’édit de Tolérance (1787)
Après toute une série de remises en cause sous le règne de Louis XIV et les fameuses dragonnades, le roi estime qu’il n’y a plus de protestants dans le royaume de France et révoque l’édit de Nantes. Les répercussions sont importantes à Labastide comme dans toutes les régions où était pratiquée la « Religion Prétendue Réformée » : le 25 octobre 1685, le seigneur Jacques de Beauvoir du Roure est contraint d’abjurer ainsi que les protestants du village . Le culte est interdit ; les locaux servant de temple sont apparemment vendus. Le cimetière catholique de Virac est abandonné, et les catholiques se font désormais enterrer dans le cimetière des protestants dans le village.
Comment s’organise alors la vie des protestants ? Peu de documents en parlent. Quelques-uns « désertent », émigrent ou sont arrêtés. Sans doute ceux qui restent pratiquent-ils des cultes clandestins ?
Les relations catholiques-protestants sont tendues, d’autant plus que des épisodes sanglants émaillent la vie du village. En 1703 notamment, pendant la guerre des Camisards, lors de l’expédition de Jean Cavalier dans le Vivarais, ses miliciens commettent à Labastide des crimes terribles : le 29 janvier, après avoir tué (accidentellement ?) le curé de Vagnas venu se réfugier au château, ils s’emparent de six catholiques, les conduisent dans l’église, les tuent devant l’autel à coups de fusil, et mettent le feu à l’église.
En 1740, un état des familles de Labastide, réalisé par le consul Laborie, dénombre 24 familles de « nouveaux convertis » regroupant une bonne centaine de personnes. S’ils étaient alors toujours différenciés, c’est sans doute que leurs convictions restaient fortes.
En 1787, Louis XVI décide de rendre aux protestants leur liberté de conscience et les autorise à inscrire leurs actes familiaux sur l’état-civil. A Villeneuve-de-Berg, sont ouverts des registres permettant aux protestants de faire reconnaître leurs mariages et les baptêmes de leurs enfants ; 21 couples de Labastide s’y font recenser entre le 17 et le 19 novembre 1788 !
Certaines unions avaient près de 40 ans ! (à suivre)
Marie-José JOUVE
Un lien intéressant: cliquez sur www.prehistoireardeche.com pour découvrir le Centre de Recherches Préhistoriques à Vallon et ses activités multiples !
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